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Philharmonique Royal de Stockholm: 100 ans, un coffret

Les coffrets édités par les orchestres sont devenus des incontournables de la vie musicale du discophile gourmet. Après le merveilleux objet édité par l'Orchestre du Minnesota à la fin de l'année dernière, voici un très beau boîtier bleu rassemblant les rencontres de l'Orchestre philharmonique Royal de Stockholm avec des grands chefs du XXe siècle. Comme à Minneapolis, il faut reconnaître que le choix des documents balaye une large période de temps, avec des grands noms et des raretés, même si pour le compilateur suédois tout prix semble bon à payer pour avoir trace d'une collaboration prestigieuse. Ainsi, au début du Prélude (et Liebestod) de Tristan et Isolde par Toscanini en 1934, j'entends davantage les bruits connexes à un stand de merguez-frites aux abords d'un stade qu'une œuvre de Wagner. Même si c'est Toscanini qui dirige, on aurait préféré avoir quelque chose d'audible et de remarquable par Tartempion! Idem pour le Requiem de Fauré par Kubelik, sans doute poignant dans la salle, mais crispant en écoute domestique en raison des très importantes distorsions.

La boîte (un carton-fourreau épais et élégant) renferme un livret épais et luxueux contenant (avec traduction française) un historique de l'orchestre et une mise en contexte des documents sonores choisis, ainsi que des biographies des artistes. Hélas le premier texte "De la fondation à la renommée internationale" est écrit par le critique anglais Robert Layton, qui, comme beaucoup de critiques anglais hélas!, parle beaucoup de lui-même, pas mal de la BBC (son ex-employeur) et fort peu de musique. On aurait par exemple aimé savoir pourquoi le coffret ne contient aucun témoignage de Carl von Garaguly qui dirigea l'orchestre pendant 11 ans. Juste pour la bonne bouche et vous donner une tonalité de ce texte que je ne qualifierai pas: Rudolf Kempe n'est pas présenté comme un grand chef ou un musicien éminent mais comme "le successeur que Thomas Beecham s'était choisi au Royal Philharmonic". D'ailleurs, ironie de tout cela, ce qu'on retient dudit texte est que, jusqu'à la fin des années 50 au moins, l'Orchestre philharmonique de Stockholm n'était pas bien terrible (sonorité opaque, intonation approximative).

Les 8 CD sont répartis en quatre boîtiers de deux. Le fleuron de la série est indiscutablement le dernier album avec, sur le CD n° 7, un Don Juan de Strauss fulgurant par Sixten Ehrling et une 7e de Bruckner bouleversante et très humaine (tensions dans I, tendresse éperdue de II) par Kempe, même si le pupitre des trompettes n'est pas le meilleur du monde. Sur le CD n° 8, une ouverture d'Auber par Rojdestvenski prélude à une 6e de Dvorák très hargneuse par Dorati (judicieux apport à sa discographie) et à une Symphonie singulière de Berwald allégée et presque prudente de Markevitch, ce qui la distingue de son enregistrement berlinois.

Ce qui singularise le coffret de Stockholm des autres parus précédemment, c'est le peu de cas fait des directeurs musicaux. Un texte de Mats Engström, directeur artistique, nous fait saliver dans le livret en parlant de tant de choses que nous ne pouvons entendre (quatre pages sur Rojdestvenski, Ahronovitch et Berglund, représentés en tout et pour tout par les 7'23 d'Auber par Rojdestvenski!) Place donc aux invités prestigieux (voir le détail en pied d'article). Ainsi dans le 1er album, le Stokowski est ô combien légitime, de même que le Concerto de Berg, le meilleur documentant Krasner dans cette œuvre. Il est bien, également de posséder les 4 Letzte Lieder par Jurinac, même si l'orchestre est effectivement fort malhabile dans son accompagnement (nombreuses erreurs de cohésion et d'intonation). Le Wagner par Toscanini est inaudible, son édition est totalement inepte (le mélomane lambda est bienheureux de savoir que Toscanini a dirigé cet orchestre, mais se contrefiche d'entendre cet immondice sonore). Le 2e CD est d'excellente tenue avec une dynamique 39e de Mozart par Walter dans un son un peu éteint, les Beethoven bien connus de Furtwängler (réédition inutile dans un tel cadre) et un excellent Chant du Rossignol par Victor de Sabata. Du second album (CD 3 et 4), on retiendra l'ouverture de Guillaume Tell par Giulini, la 5e de Tchaïkovski sur des charbons ardents de Fricsay et la Fille de Pohjola de Tor Mann. La 4e de Brahms par Klemperer est excellente, mais sans la puissance d'impact du concert de Copenhague édité par Testament; le Siegfried-Idyll fluide et concentré de Schmidt Isserstedt pâtit de cordes sans grand charme. L'intérêt du Schoenberg par Horenstein m'a un peu échappé dans ce contexte.

Du troisième album enfin : une parfaite ouverture d'Obéron par Krips, des Variations sur un thème de Haydn de Brahms sans intérêt par Silvesti, un charmant Respighi de Monteux, le Fauré difficilement audible de Kubelik sont regroupés sur le CD n° 5. Sur le CD n° 6: une 5e de Prokofiev torride par Kletzki, pour qui accepte quelques gros dérapages orchestraux (notamment dans I); l'Alfven de Blomstedt, l'un des grands moments du coffret (elle était là, la direction éditoriale à suivre!), et trois Danses slaves irrésistibles mais très vulgaires par Kertesz.

Au total un coffret fascinant à maints endroits mais moins astucieusement composé que les boîtes de Boston, Philadelphie ou Minneapolis. Pourquoi de ne pas avoir fait le pari de 100% d'inédits (cf. Furtwängler)? Pourquoi avoir intégré au moins deux gravures techniquement indignes (Toscanini, Kubelik), fait peu de cas de l'apport discographique (la 6e de Dvorák par Dorati et Respighi par Monteux c'est parfait, mais Mozart-Walter ou Brahms-Klemperer on peut s'en passer, sauf interprétation exceptionnelle – cf. Giulini ou Fricsay), avoir minoré les directeurs musicaux au profit d'une galerie de chefs invités et n'avoir pas assez puisé dans les enregistrements récents? Les six premiers CD auraient pu être réduits à quatre, ce qui aurait laissé l'espace pour documenter le travail de ces vingt dernières années.

Christophe Huss

Lien pour vous procurer ce coffret:
http://www.konserthuset.se/start.html?standard.asp?id=330

L'Orchestre philharmonique royal de Stockholm est dirigé par:
Leopold Stokowski (Toccata et fugue en ré mineur de Bach, 1939); Fritz Busch (Concerto à la mémoire d'un ange de Berg avec Louis Krasner et 4 derniers lieder de Strauss avec Sena Jurinac, 1938 et 1951); Arturo Toscanini (Prélude et Mort d'Isolde de Wagner, 1934); Bruno Walter (Symphonie n° 39 de Mozart, 1950); Wilhelm Furtwängler (Léonore 3 et Symphonie n° 8 de Beethoven, 1948); Victor de Sabata (Chant du Rossignol, 1947); Otto Klemperer (Symphonie n° 4 de Brahms, 1958); Hans Schmidt-Isserstedt (Siegfried-Idyll de Wagner, 1963); Tor Mann (La Fille de Pohjola de Sibelius, 1958); Carlo Maria Giulini (Ouverture de Guillaume de Tell de Rossini, 1960); Ferenc Fricsay (Symphonie n° 5 de Tchaïkovski, 1957); Jascha Horenstein (Symphonie de chambre n° 1 de Schoenberg, 1967); Joseph Krips (Ouverture d'Obéron de Weber, 1973); Constantin Silvestri (Variations sur un thème de Haydn de Brahms, 1962); Pierre Monteux (Airs et danses antiques de Respighi, 1961); Rafael Kubelik (Requiem de Fauré, 1964); Paul Kletzki (Symphonie n° 5 de Prokofiev, 1968); Herbert Blomstedt (En Skärgardssägen de Alfven, 1977); Istvan Kertesz (Danses slaves op. 46 n° 1, 3 et 8 de Dvorák, 1970); Sixten Ehrling (Don Juan de Strauss, 1964); Rudolf Kempe (Symphonie n° 7 de Bruckner, 1975); Guennadi Rojdestvenski (Ouverture de Gustave III d'Auber, 1976); Antal Dorati (Symphonie n° 6 de Dvorák, 1973) et Igor Markevitch (Symphonie singulière de Berwald, 1978).



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