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L'antre du collectionneur
Printemps 2004

Outre une extraordinaire 9e Symphonie de Beethoven par Hans Schmidt-Isserstedt déjà commentée, Tahra publie un troisième volume d'inédits de Clara Haskil. En apparence ce disque se distingue nettement des autres: au lieu de tenir dans ses bras un chat vivant, la pianiste serre contre elle un chien en peluche! Trève de plaisanterie, même si le programme nous ressert des grands classiques de la discographie de Haskil (le 19e Concerto de Mozart, couplé ici au Concerto pour deux pianos) ce CD se démarque des innombrables concerts réédités par l'excellente qualité technique (même si la prise de son avantage trop le piano, au moins c'est "propre" et très lisible), la grande concentration et tenue d'ensemble. Aucun flottement dans ce partenariat avec Fricsay dans un studio de la Radio de Cologne en mai 1952, trois ans avant leur enregistrement DG. On ne regrettera ici que l'émission assez sommaire du hautbois. La lumière et la maîtrise du jeu de Haskil, qui sonne comme une évidence se retrouvent dopées par une sorte de hargne joviale dans le Concerto n° 10 en partenariat avec Geza Anda et Paul Burckhard à la Radio de Beromunster, le meilleur témoignage de la pianiste dans cette œuvre. Ces enregistrements de radio qui nous épargnent les toux et autres fluctuations sonores vous sont chaudement recommandés (Tahra TAH 523, Archive de ClassicsToday-France.com).

Tahra publie aussi un double album consacré à Hermann Scherchen autour d'un concert avec l'Orchestre National en octobre 1953, qui présentait la 104e Symphonie de Haydn, la 4e de Roussel et la 2e de Beethoven, le tout complété par l'enregistrement (pour Ducretet-Thomson me semble-t-il) du Concerto pour flûte et harpe de Mozart avec Laskine et Bourdin. Avant de parler de musique, signalons l'érudition de la notice, avec pour thématique «Scherchen et la France». La symphonie de Haydn fait au moins jeu égal avec la version officielle, car elle est mieux capté et, même si les écarts dynamiques sont moins enivrants et si l'orchestre met un temps à se chauffer, c'est là un juste reflet du Haydn de Scherchen. Dans Beethoven on jugera sur pièces (cf. le pupitre de cors) par rapport au récent CD d'un concert de Kurt Masur quel cachet sonore français a été perdu dans les dernières décennies… par contre on mesurera aussi le chemin parcouru en justesse et flexibilité en écoutant le Mozart! La 4e de Roussel possède la même hargne que la version Munch mais dans une pâte sonore plus dense et des timbres plus ronds. Un superbe et précieux album (Tahra 2 CD TAH 526-527, Archive de ClassicsToday-France.com).

Toujours de haut calibre, mais moins original, la 4e de Mahler par Bruno Walter et Irmgard Seefried le "5 janvier 1953" à New York (Tahra TAH 524). Les tempos se sont (hélas) déjà apaisés depuis l'enregistrement de studio, qui reste le 1er choix waltérien dans cette œuvre. La date du "5 janvier" est possiblement erronée puisque le livret nous dit que ce programme a été donné les 1, 2 et 4 janvier et que le concert du 4 a été enregistré. Il s'agit donc du même document que celui édité en 1990 par Music& Arts, dans un son plus clair et avec un complément plus logique, une excellente Symphonie Haffner de Mozart du même concert. Je ne suis pas du tout un fan de la prestation mature et sans magie de Seefried.

A signaler enfin un regroupement, sous le titre "Wilhelm Furtwängler & Vienna Philharmonic", de quatre CD d'enregistrements divers, mêlant concerts (la 8e de Bruckner de 1944 et le concert de 1951 avec la Printemps de Schumann, Coriolan et la 88e de Haydn) et disques d'origine HMV, notamment les 4e et 7e de Beethoven. Les furtwängleriens ont déjà tout cela, mais tous les autres peuvent privilégier ce coffret s'ils désirent un son moins filtré que chez EMI et une notice plus élaborée (Tahra 4 CD Furt 1084-1087).

Revenons au piano, avec l'éditeur québécois ANKH (distribution en France: Codæx) qui publie deux CD de Sviatoslav Richter, des concerts rarissimes présentant le pianiste dans Brahms et Chopin (on ne contredira pas trop l'éditeur sur le côté "inédit" de ces publications, car le CD japonais "Treasures of the earth TOE 2001" du 2e Concerto de Brahms avec Sanderling, qui circulait sous le manteau au Japon, est fort rare). C'est ce 2e Concerto de Brahms (ANKH 200302) qui est la parution la plus importante. Le son est très correct, inattendu pour un live russe de 1951, et l'Orchestre d'Etat en bonne forme, quoique Brahms ne soit pas sa tasse de thé (violons aigres et pas toujours justes!) L'interprétation est tout simplement fulgurante, plus encore que dans le CD officiel Richter-Leinsdorf (RCA). On trouve la grande tradition allemande incarnée par Sanderling et la fougue et la puissance (mais aussi la subtilité (écoutez la palette de toucher dans le 2e mouvement) du jeune Richter. Certes, la fougue entraîne quelques dérapages digitaux, mais l'ensemble est un incontournable pour fans de Richter, d'autant que l'éditeur y a couplé Introduction et Allegro de Schumann et les 2e et 3e mouvements du 20e Concerto pour piano de Mozart. Un bel historique, malgré l'exotisme de l'orchestre dans ce répertoire. Le CD Chopin (Ballades n° 2 et 3, 12 des Préludes et d'autres pièces dont les Nocturnes op. 15 n° 3 et op. 37 n° 2 pas documentés par ailleurs dans la discographie Richter) sont également très engagés, mais un peu plus durs à apprécier car le son est parfois fluctuant et peut saturer terriblement. C'est une excellente et rare archive, mais pour spécialistes (ANKH 200301).

Haenssler publie les meilleurs titres de sa collection "Masterpiece" en rééditant des documents de la pianiste Elly Ney, d'une qualité sonore surprenante (malgré des transitoires) pour des documents de 1935 à 1938. Alors qu'on a connu Elly Ney au CD à travers des enregistrements Beethoven peu marquants, on découvre ici une pianiste sobre et claire au jeu très mordant, habilement soutenue par des orchestres de 2e ordre et des chefs oubliés (Fritz Zaun et Willem van Hoogstraten). Elly Ney, beethovenienne emblématique, est tombée en disgrâce après la guerre s'est alors consacrée à l'enseignement. On regrette l'absence de toute notice et aussi l'agencement des CD qui, au lieu de grouper les Concertos n° 2 de Beethoven et n° 15 de Mozart, leur adjoint, pour le premier, le Trio op. 70, "des Esprits", et pour le second, le Quatuor op. 47 de Schumann, œuvres chambristes qui se seraient bien accordées entre-elles. En tous cas si les pianistes allemands atypiques ou si la lignée Leschetisky-von Sauer-Ney vous intéressent, voici deux CD recommandables et fort peu surannés (Haenssler CD 94.047, Beethoven, et 94.048, Mozart-Schumann).

Pour caresser la fibre fleur bleue qui sommeille en vous, Naxos réédite des extraits de comédies musicales de Sigmund Romberg (1887-1951), Hongrois naturalisé Américain, qui fut un continuateur de l'opérette viennoise à Broadway. Son style ne diffère guère de celui de Kalman, par exemple. Le second volume (Naxos 8.110886) présente des extraits de My Maryland, Viennese Nights, May Wine, Sunny River et Up in Central Park ainsi que de New Moon, créé en collaboration avec Oscar Hammerstein II et qui connu deux adaptations cinématographiques (dont l'une en 1930 avec Lawrence Tibbett et Grace Moore). Tout cela est fort plaisant, correctement chanté et s'adresse à tous les amateurs du style viennois ou des chemins de traverse de Broadway et Hollywood.

Le volume 4 consacré par Naxos à Albert W. Ketelbey (Naxos 8.110870) porte le titre Tangled Tunes et propose des enregistrements très majoritairement orchestraux de 1912 à 1933. Il s'adresse aux spécialistes de la musique légère anglaise, qui voudront notamment connaître l'inhabituelle version de In a Monastery Garden, avec contralto et chœur mixte.

Par contre le 2e volume de rééditions d'enregistrements de rouleaux Welte-Mignon (Naxos 8.110 678) est fort intéressant. La restitution pianistique réalisée en Californie est excellente, avec une très belle prise de son, et un rendu plausible des dynamiques. Douze extraits permettent d'entendre jouer Camille Saint-Saëns, Edward Grieg ou Josef Hofmann. Mais les deux plages les plus décapantes sont le 2e Scherzo de Chopin par Fannie Bloomfield Zeisler (1863-1927), une bourrasque, et le Rondo brillant op. 62 de Weber par Raoul Pugno.

Naxos édite un aussi un CD présentant Yehudi Menuhin, avec Yephzibah dans les Sonates pour violon et piano n° 1 et 3 de Brahms et la 2e Sonate de Schumann. Même si historiquement ces versions élégantes ont eu une certaine importance, je ne pense pas ce que disque regroupant des visions justes mais comme "sur la défensive" de ces compositions puisse se frayer un chemin hors du cercle des admirateurs du violoniste (Naxos 8.110771)

On retrouve chez le même éditeur le Chevalier à la Rose de Strauss du Met en 1949, avec Risë Stevens, Eleanor Steber, Erna Berger et Emmanuel List sous la direction de Fritz Reiner. Cette représentation du 21 novembre n'est effectivement pas la même que celle, du 3 décembre éditée en 1998 par Lys, ni évidemment celle éditée par le Met lui-même et qui date de 1951. La réédition Naxos est très soignée (malgré d'inévitables et importantes distorsions dans les fins de faces) pour un document évidemment précieux pour tous les amateurs d'opéras historiques (Naxos 3 CD 8.110277-79). Parmi les récitals vocaux, le volume 3 de l'édition chronologique Naxos des enregistrements de Jussi Björling nous amène dans la période clé 1936-1944, celle de l'apogée vocale du ténor, capté par une technique sonore fidèle. On retrouve ici le très classique programme d'ossature italienne avec les grands airs du répertoire dirigés par Niels Grevillius. On mettra à l'actif de Naxos l'utilisation de copies en très bon état et, surtout, une reproduction qui rend avec éclat les aigus de ces enregistrements de légende. Si vous n'avez pas déjà le CD EMI "Références", ce disque est un incontournable de toute discothèque vocale (Naxos 8.110754, Archive de ClassicsToday-France.com). Le 3e volume consacré à Beniamino Gigli (Naxos 8.110264) est plus pointu. Cette édition chronologique (avec prises alternatives) ne concernera que les afficionados, car il mélange airs importants (Donizetti en 1925) et œuvrettes et, surtout, compte 50% d'enregistrements acoustiques d'écoute pénible. Le commun des mortels attendra le volume suivant.

Haenssler édite un CD complémentaire à la discographie de Fritz Wunderlich: des bandes de la radio de Stuttgart des années 1956 à 1963. Le morceau de choix, l'air de Tamino accompagné par Schuricht en 1957 ouvre le disque. Suivront quelques extraits marginaux : le solo de ténor dans le chœur des prisonniers de Fidelio, le finale du 1er acte d'un rare opéra de Kienzl, Der Kuhreigen (le Ranz des vaches), des extraits du Porteur d'eau de Cherubini et d'opérettes de Kalman. On ne peut dire que c'est du premier rayon, mais Wunderlich y est à son avantage dans un son très correct (Haenssler CD 93093).

Concluons cet article avec trois nouveaux albums Andante. La Passion selon saint Matthieu de Bach en 1950 à Vienne, lors de laquelle Karajan dirigeait Walther Ludwig en Evangéliste et le quatuor Seefried-Ferrier-Edelmann-Schöffler, a été régulièrement éditée depuis 1989. La mouture Andante est plus luxueuse et moins inaudible que d'autres. Evidemment ce chant choral faux épais et chevrotant de 1950 est difficilement supportable aujourd'hui. Reste une impressionnante brochette de solistes de laquelle se démarque le Jésus monumental de Schöffler (Ludwig se paye les airs de ténor, en plus de son rôle d'Evangéliste!) et une direction très romantico-dramatique alors que l'époque était plutôt à la rigueur figée. Pour spécialistes et amateurs de Passions datées tout de même (Andante 3 CD AND 1170). La série "Stravinsky composer & performer" en est déjà à son troisième volume. Tête d'affiche, la Symphonie en trois mouvements de 1946 et l'Ebony Concerto avec Woody Herman en 1950. Pour le reste, et pour combler le 3e CD, on trouve l'Histoire du soldat et l'Octuor par Bernstein, déjà réédités par Pearl et RCA. C'est un volume d'acquisition très légitime pour ceux qui ont déjà les deux premiers volumes (à signaler qu'on se situe là juste avant la période couverte par l'album Sony "Masterworks Heritage"), mais de complément (œuvres moins marquantes). A nouveau on pourra discuter sans fin sur la remastérisation "in finest sound possible" de Philippe Morin. Ce filet de souffle m'est personnellement insupportable, un inconfort nerveux que je ne ressens ni à l'écoute de mes propres 78t, ni à celle de remastérisations "impures" mais respectueuses et habiles (cf. Histoire du soldat chez RCA). Certains aiment: c'est leur droit le plus strict (Andante 3 CD AND 1140).

Le traitement sonore est le même dans un album Chopin de 4 CD qui est pourtant l'achat prioritaire de cette nouvelle fournée. Il rassemble, pour qui s'intéresse à l'histoire du piano chopinien, des documents historiquement très bien choisis : Préludes par Cortot en 1942-43; 2e Sonate par Rachmaninov; 3e Sonate par Lipatti; 4 Scherzos par Rubinstein (n° 1 et 3), Benedetti-Michelangeli (2 – incroyable!) et Horowitz (4) dans les années 30; Ballades par Casadesus en 1950; Valses par Cortot en 1934 et nombre de petites pièces utilisées pour réaliser des oppositions de styles. Si l'énoncé ci-dessus vous incite à penser que vous n'aurez pas trop de doublons dans votre discothèque, n'hésitez pas, c'est un grand coffret historique intelligemment composé (Andante 4 CD AND 1150, Archive de ClassicsToday-France.com).

Christophe Huss


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